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Forum de discussion
La culture : une « clef » pour ouvrir ou pour fermer ?
Maître de conférences à l’université de Lille, Isabelle Roussel-Gillet est membre du comité de lecture des « Cahiers J.M.G. Le Clézio », dont le dernier numéro ( 3-4, Editions Complicités, 318 pages ) vient de paraître sous le titre « Migrations et métissages ». Auteur de plusieurs ouvrages, Isabelle Roussel-Gillet est aussi vice-présidente de l’Association « Le Musoir » qui oeuvre dans le domaine de l’échange. Dans cet article en trois parties, elle nous livre ses réflexions sur l’interculturel à la lumière de l’essai « L’interculturel ou la guerre ».
Le discours du président Barack Obama au Caire
"I am honoured to be in the timeless city of Cairo, and to be hosted by two remarkable institutions. For over a thousand years, al-Azhar has stood as a beacon of Islamic learning, and for over a century, Cairo University has been a source of Egypt's advancement. Together, you represent the harmony between tradition and progress. I am grateful for your hospitality, and the hospitality of the people of Egypt. I am also proud to carry with me the goodwill of the American people, and a greeting of peace from Muslim communities in my country: assalaamu alaykum.
De l’après-Huntington à l’interculturel ?

par Issa Asgarally
Le discours du Caire du Président Barack Obama tourne-t-il la page du « Choc des civilisations » théorisé par Samuel Huntington et « validé » par les Conseillers de son prédécesseur, George Bush ? Et constitue-t-il, de ce fait, une avancée vers l’interculturel ?
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La culture : une « clef » pour ouvrir ou pour fermer ?
par Isabelle Roussel-Gillet
Notre jeune association « Le Musoir » , créée en 2007, œuvre pour le dialogue entre les arts et par les arts. Son premier projet culturel fut l'exposition d'archives de la collaboration en 1961 entre Dali et Béjart, le premier peintre catalan qui écrivit un roman en français, le second chorégraphe qui créera ultérieurement une école de danse en Afrique et s'inspirera du Butô, la danse nipponne toute de lenteur, de minimalisme. Comment ces deux figures interculturelles ont-elles collaboré ? Comment vivre l'interculturel dans la création artistique ? Il ne suffit pas pour un chorégraphe de réunir une troupe internationale de danseurs, l'échange s'institue dans une pratique. C'est ce que vit Sidi Larbi Cherkaoui quand il crée « Babel words », pièce pleine d'humour, de cet humour qui rassemble quand il ne se moque pas et qu'il est en intelligence, au sens étymologique de ce terme. Ou quand il crée « Ook » avec des personnes handicapées, des « andersvalied », comme il le dit en flamand, qui signifie « valide autrement ». Peter Brook, qui adapte à la scène des textes tant anglais que persans, nous parle de cette façon de travailler ensemble. Voici comment Issa Asgarally le cite dans le numéro 11 de la revue « Italiques » : « Si le groupe était international, ce n'était pas dans le but d'échanger des recettes, car nous voulions surtout éviter de faire une salade de cultures. En fait, il s'agissait, par des exercices et des improvisations, de tenter de parvenir à l'essentiel, c'est-à-dire au champ où les impulsions de l'un rejoignent les impulsions de l'autre pour résonner ensemble. » C'est cet instant d'accord, de résonance, cette fécondité des entre-deux qui nous intéresse.
Nous avons accompagné Martine Torregrossa-Villa, chanteuse née à Oran vivant en France, dans la création de son récital de compositions en grec (poésie de Ritsos), en espagnol (poésie de Garcia Lorca) et en français (chansons de Barbara). Dans son spectacle, elle racontait la rencontre dans une taverne grecque avec un vieux monsieur interprétant Ritsos à la guitare. Ils se sont parlé, il lui a appris cette musique et ce poème, elle lui a joué du Barbara. Elle a appris le grec. C'est un exemple d'échange dans un respect mutuel. Comme l'écrit Issa Asgarally, on n'a jamais vu des cultures se rencontrer, ce sont des personnes qui se rencontrent. Et ces rencontres peuvent être intimes, au plus près d'une blessure, d'une souffrance ou être le ferment d'ouverture vers une culture. ....
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Le discours du Caire du Président Barack Obama
We meet at a time of tension between the United States and Muslims around the world – tension rooted in historical forces that go beyond any current policy debate. The relationship between Islam and the west includes centuries of co-existence and co-operation, but also conflict and religious wars. More recently, tension has been fed by colonialism that denied rights and opportunities to many Muslims, and a cold war in which Muslim-majority countries were too often treated as proxies without regard to their own aspirations. Moreover, the sweeping change brought by modernity and globalisation led many Muslims to view the west as hostile to the traditions of Islam.
Violent extremists have exploited these tensions in a small but potent minority of Muslims. The attacks of September 11 2001 and the continued efforts of these extremists to engage in violence against civilians has led some in my country to view Islam as inevitably hostile not only to America and western countries, but also to human rights. This has bred more fear and mistrust.
So long as our relationship is defined by our differences, we will empower those who sow hatred rather than peace, and who promote conflict rather than the co-operation that can help all of our people achieve justice and prosperity. This cycle of suspicion and discord must end.
I have come here to seek a new beginning between the United States and Muslims around the world; one based upon mutual interest and mutual respect; and one based upon the truth that America and Islam are not exclusive, and need not be in competition. Instead, they overlap, and share common principles – principles of justice and progress; tolerance and the dignity of all human beings.
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De l’après-Huntington à l’interculturel ? ( 1 )
par Issa Asgarally
Avant de répondre à ces questions, cruciales pour l’avenir du monde, il faudrait dégager et analyser les idées essentielles de ce discours adressé au « monde arabo-musulman ». Mais d’abord un bref rappel de la théorie de Huntington.
Que dit Huntington ? Avec la fin de la guerre froide marquée par l’implosion du communisme, les guerres seront désormais civilisationnelles. » A partir de six caractéristiques particulières, il identifie les “sept civilisations majeures d’hier et d’aujourd’hui: les civilisations chinoise, japonaise, hindoue, musulmane, occidentale, d’Amérique latine et africaine. Comme j’ai tenté de le démontrer dans mon essai « L’interculturel ou la guerre » (2005 ), un examen minutieux de cette identification et de ces caractéristiques met rapidement au jour des incertitudes, des contradictions, pour dire le moins, surprenantes : utilisation d’un terme générique pour désigner de vastes aires géographiques aux cultures variées, incertitude totale sur le plan purement historique, application des mots “culture commune” à des pays“multiethniques et pluriculturels”, caractérisation consistant à nommer certaines civilisations selon des religions et d’autres selon une aire géographique restreinte.
Au fond, bien qu’il s’en défende, la thèse de Huntington est une forme de multiculturalisme à l’échelle mondiale . Il ne veut pas que le monde soit comme l’Amérique. Et il ne veut pas non plus que l’Amérique soit comme le monde. Ce qu’il veut c’est que l’Amérique garde son « identité occidentale », c’est-à-dire soit monoculturelle et que les autres « Etats phares et les Etats qui leur sont apparentés » gardent chacun sa civilisation spécifique. Le multiculturalisme à la Huntington, c’est un monde de monoculturalismes, plus précisément sept, avec cependant l’Occident ( l’Amérique et l’Europe) au sommet de la hiérarchie…
Huntington dit que c’est parce que les cultures et les civilisations sont si différentes aujourd’hui que nous devons accepter l’idée qu’elles vont se heurter, que leurs rapports ne peuvent qu’être conflictuels. Mais l’histoire des cultures et des civilisations montre qu’elles ne sont nullement monolithiques et imperméables, que des rapports de partage peuvent s’instaurer entre elles. Le « choc des civilisations » est en fait un choc de définitions hâtives et superficielles, de généralisations abusives.
Dans son discours du Caire, le Président Obama dénonce précisément la démarche qui consiste à définir nos relations par nos différences, ce qui est l’un des fondements du multiculturalisme en général et de la théorie de Huntington en particulier.: « So long as our relationship is defined by our differences, we will empower those who sow hatred rather than peace. » ( 4e paragraphe ). Et plus directement : « It is easier to start wars than to end them. It is easier to see what is different about someone than to find the things we share.” ( 71e para. )
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